Francis Huster triomphe dans Bronx, pièce dans laquelle il incarne trente et un personnages. « C’était pour moi le seul moyen de tuer Camus et d’échapper à La Peste, que j’ai jouée huit cent sept fois ! Les histoires de mafia ont toujours fasciné le public. » L’homme ne fait pas mystère de ses états d’âme : « Je n’ai personne dans ma vie. Je ne crois plus au grand amour. Ma seule passion, c’est mon métier. J’ai vécu ma séparation d’avec Cristiana Reali comme un cataclysme qui a duré quatre ans. » Huster passe son temps à dire non : il a refusé la direction de la Comédie-Française, des théâtres de l’Athénée et du Rond-Point, des Tréteaux de France. « Je crois qu’un autre destin m’attend, comme jouer Alceste ou dans Le Discours d’un roi. Aujourd’hui, je suis un homme heureux. J’ai mes deux merveilles, mes filles Elisa et Toscane, et je compte bien retrouver Lelouch au cinéma. »
Razzy Hammadi, ex-président des jeunes socialistes chargé auprès du candidat François Hollande de la politique de la Ville, sera candidat aux législatives à Montreuil (93) « pour qu’enfin un fils d’ouvrier siège à l’Assemblée ». Que pense-t-il de la brouille entre ses camarades Julien Dray et Malek Boutih ? « Julien a toujours dit que c’était son dernier mandat. Il a pris un engagement qu’il doit aujourd’hui regretter puisque Malek est candidat dans sa circonscription. » Francis Huster s’alarme : « La France est dans le coma. La Ve République est fissurée par trop de mensonges, la France n’a plus d’équipe nationale, la voici relayable en D2. » Razzy Hammadi, qui a longtemps soutenu Martine Aubry, ne jure plus que par François Hollande : « Il n’est ni un héritier ni un parvenu. J’apprécie son humanité, son sentiment de justice, sa capacité à rassembler. Sarkozy a banalisé la fonction et il le paie aujourd’hui. » Quel jugement porte-t-il sur ses adversaires ? « Mélenchon s’imagine qu’on peut raser gratis. François Bayrou est une girouette. Marine Le Pen capte une part de désespérance. Il ne faut pas la sous-estimer. » Francis Huster, qui ne choisira son champion que trois semaines avant le premier tour, compare cette élection à une chasse à courre. « C’est l’hallali, Sarkozy doit monter sur le ring mains nues, sans son titre de président. »
Grand reporter au Figaro, Anne Fulda signe la toute première biographie de François Baroin, Le Faux Discret. « C’est un fils à papa avec deux pères : Michel, qui fut le grand maître du Grand-Orient de France, et Jacques Chirac. Baroin a tous les codes, toutes les capacités, mais il n’a pas encore choisi entre une carrière et la vraie vie. Il y a chez lui une insondable tristesse, une mélancolie. » Razzy Hammadi ironise : « Baroin, c’est Harry Potter qui, avec sa baguette magique, fait disparaître les déficits qu’il a lui-même créés. » Anne Fulda nous révèle qu’elle a failli intituler son livre Le Vieil Enfant. Francis Huster met en parallèle Baroin et Hollande, « tous deux hommes de devoir et de pouvoir, qui ont bâti leur vie sur leur séduction ». Anne Fulda a rencontré le locataire de Bercy une dizaine de fois : « C’est l’anti-Copé, il le considère d’ailleurs comme un adversaire sérieux qui peut se dresser sur sa route. » Razzy Hammadi arrondit les angles : « Ce que j’apprécie chez Baroin, c’est son sens de la loyauté. Il est toujours resté fidèle à Chirac. » Et Anne Fulda de préciser : « Dans cinq ans, il peut être un candidat crédible. »
Le patron de LCI, Éric Revel, se réjouit : « Nous avons vingt-trois millions de téléspectateurs potentiels grâce à une diffusion sur Orange, SFR, CanalSat. Notre budget est inférieur à 40 millions d’euros. Et notre situation est saine. Nos deux nouveaux éditorialistes, l’intello parisien Jospin et le sénateur de province Raffarin, ont fait doubler l’audience. Et ils ne m’ont pas demandé de salaire ! J’ai, en projet pour LCI une émission qui se déroulera en direct des QG de campagne des candidats. » Razzy Hammadi s’adresse à Éric Revel : « Je vais vous choquer, mais, quand il y a un grand événement, je me branche sur CNN. » Revel nous annonce le slogan de sa prochaine campagne de pub : « “Savoir, c’est bien ; comprendre, c’est mieux.” Je mets un point d’honneur à ce que LCI ne soit ni de gauche ni de droite. »
Razzy Hammadi a bien compris qu’il ne faut surtout pas compter sur la politique pour subvenir à ses besoins : « J’ai un cabinet d’études d’urbanisme, j’ai créé cinq emplois et je m’octroie un salaire de 4 000 euros. Si la gauche perd en 2012, c’est qu’elle aura considéré que Sarkozy partait battu, ce qui est une erreur. Vous savez quelle est la différence entre François Hollande et François Mitterrand ? interroge-t-il. Hollande met la vérité comme limite aux promesses. » Et d’annoncer la couleur : « Je milite pour multiplier par trois l’impôt sur l’héritage hors résidence principale. Il faudra aussi repenser l’ISF. »
Dans quel état d’esprit se trouvent nos convives en cette fin de déjeuner ? Éric Revel cite Francis Bacon : « Je suis un optimiste désespéré. » Francis Huster aime les paradoxes : « Il faut être pessimiste pour être optimiste. » Anne Fulda tempère : « J’envisage toujours le pire. Ça évite les désillusions. » Quant à Razzy Hammadi, militant convaincu : « Je suis socialiste, par conséquent optimiste. »













