Messieurs les censeurs, bonsoir ! La journaliste et essayiste, Élisabeth Lévy, était, le mercredi 1er février, l’invitée du Centre universitaire méditerranée (CUM) de Nice. Au programme : un débat fracassant avec l’écrivain Denis Tillinac autour de la moralité publique dans le système médiatique. Licenciée moult fois pour « incompatibilité d’humeur », la pamphlétaire s’est employée, bien volontiers, à répondre à nos questions. État des lieux.
LPN : « Surtout si vous n’êtes pas d’accord » : telle est la devise de Causeur, le magazine et le site dont vous êtes à la fois fondatrice et directrice de la rédaction. Qu’est-ce que cela signifie ?
Élisabeth Lévy : L’idée est de faire comprendre que Causeur n’est pas une secte. Contrairement à certains, nous sommes pour le désaccord et le débat ! Un média ne doit pas être une fête où tout le monde s’aligne sur le même mode de pensée. Concernant mes écrits, j’essaye toujours d’argumenter et de ne pas penser « avec l’esprit de gramophone », comme dirait George Orwell.
LPN : Vous semblez penser, comme le philosophe Noam Chomsky, que la majorité des médias œuvrent à « fabriquer du consentement ». Qu’en est-il ?
E.L. : Ils ne le fabriquent pas. Ils font comme s’il existait en transformant leurs propres opinions en vérité générale ! La sphère médiatique est devenue un monde totalement coupé du reste de la population. Entre l’opinion des journalistes et celle de la population, l’écart est sidérant ! Pour moi, ils ont trop de pouvoir.
LPN : Il est de plus en plus courant que des associations trainent des intellectuels devant les tribunaux. La morale publique s’est-elle, selon vous, judiciarisée ?
E.L. : Oui ! On a donné aux associations un poids qui est, selon moi, complètement délirant. On est quand même au pays des Lumières ! Or, qu’est-ce que c’est que la pensée des Lumières sinon la confrontation civilisée des arguments ? La chasse aux sorcières qui recommence tous les quatre matins, je commence à en avoir marre. Le chœur des moralistes ne rate plus une occasion de se taire (Sic) !
LPN : En 2004, vous avez été renvoyée de l’émission de radio « On refait le monde » par Pascale Clark, journaliste, que Robert Ménard, fondateur de Reporters sans Frontières avec qui vous avez co-écrit « Les Français sont-ils antisémites ? », a récemment qualifié de « conne ». En quoi est-elle si gênante ?
E.L. : Celle-ci n’avait pas apprécié que je la surnomme « radio Londres » (rires). Bien qu’elle ait une voix magnifique qui passe bien à la radio, il faudrait la foutre au Pavillon des Poids et Mesures (Sic). Elle incarne, si vous voulez, la bien-pensance à un degré insupportable ! Voilà tout !
LPN : Vous avez écrit dans un billet que Canal+ est une chaîne où « les vrais puissants claironnent ». Pensez-vous vraiment qu’il s’agisse d’un facteur d’influence politique ?
E.L. : Est-ce courageux de ne cogner que sur Nicolas Sarkozy ou Nadine Morano ? Non. C’est ça l’esprit Canal+ ! Pour l’instant, cela ne leur viendrait même pas à l’esprit de faire remarquer que François Hollande possède, lui aussi, son propre Fouquet’s. Yannick Noah y fait son bazar. Il y a aussi Joey Starr et toute une pléthore de people qui, selon moi, ne valent guère mieux que les mecs du CAC 40 qui étaient avec Sarkozy (Sic). Je consentirai donc le jour où ils oseront s’en prendre aussi aux tartuffes de gauche !
LPN : Stéphane Poncet, candidat FN aux législatives de Villeurbanne, a été épinglé pour avoir publié des caricatures sur son blog. La majorité des médias n’a d’ailleurs pas tardé à les taxer de « racistes » alors qu’ils prônaient « la liberté d’expression » au sujet de la Une controversée de l’hebdomadaire Charlie Hebdo. Y a-t-il deux poids, deux mesures ?
E.L. : Bien que je trouve ces dessins très cons, je pense qu’il faudrait garder le droit de critiquer. Maintenant, soit on interdit le Front National parce que l’on considère qu’il n’est pas républicain, soit on arrête tout ça ! De nos jours, on voit du racisme partout, y compris chez mes pauvres copines de Elle (NDLR : le magazine a été accusé de racisme suite à un article sur la mode noire). Depuis quand on ouvre un tel magazine pour y lire des choses intelligentes ? Il faut arrêter !
LPN : La réalité est-elle politiquement incorrecte ?
E.L. : Tout à fait ! Je pense, comme Laurent Joffrin, que ce n’est pas la droite qui est devenue réactionnaire mais bien la réalité. Et pourtant, je ne crois pas à la liberté d’expression absolue. C’est une foutaise (Sic) ! Aucune société ne peut tolérer qu’on dise tout.
LPN : Vous dites n’être « ni de gauche, ni de droite ». Est-ce possible pour une journaliste de votre tempérament ?
E.L. : Le fait est que j’ai, un jour, totalement cessé d’être de gauche. La gauche est devenue le camp du bien. Je ne supporte plus, chez les socialistes, cette espèce de certitude qu’ils sont, par nature, dans le bien. Est-ce que le fait de le penser fait de moi quelqu’un de droite ? Je n’en sais rien.
LPN : Est-ce pour cette raison que vous vous refusez à tout pronostic pour l’élection présidentielle ?
E.L. : Non, c’est plutôt parce que le journalisme politique n’est plus qu’un exercice consistant à commenter de vulgaires sondages. Tous les jours, on a le droit à la même course de petits chevaux ! Essayer de savoir, par exemple, si Sarkozy a raison ou pas de ne pas se déclarer tout de suite candidat n’a, selon moi, strictement aucun intérêt. On s’en fout !
LPN : Vous avez, l’an dernier, défendu Éric Zemmour dans l’affaire sur « les Noirs et les Arabes ». Pour faire valoir ses arguments, vous vous étiez appuyée sur le substrat du film « Le prophète », récompensé en 2010 à la cérémonie des César. Or, si l’on suit ce raisonnement, un film comme « La vérité si je mens » pourrait tout aussi bien servir à accréditer les pires clichés antisémites. Qu’en est-il ?
E.L. : Dans « La vérité si je mens », on est dans la caricature. On ne fait qu’exagérer des caractères ! Dans « Le prophète », qu’est-ce que nous montre Jacques Audiard, sinon l’ascension de gangsters franco-maghrébins ? C’est exactement ce que disait Éric. Et pourtant, personne n’a trouvé ça dégueulasse. Tout le monde a crié au génie. C’est incohérent !
LPN : Acceptez-vous d’être sans cesse comparée à Éric Zemmour ?
E.L. : On dit que je suis une « Zemmour en jupon », mais ma mère dit que lui est une « Lévy en pantalon » (rires). Après, je comprends pourquoi ils disent ça. Lui et moi tombons bien souvent d’accord ! D’ailleurs, je l’ai vu hier. Je dois à nouveau le remplacer quelques temps sur RTL, le matin.













