Depuis le début de la crise financière, Nicolas Sarkozy faisait semblant d’appeler politique européenne ce qui n’était qu’un agrégat de décisions nationales ; José Manuel Barroso, suivant partout Sarkozy, un pas derrière lui, faisait semblant de croire que les recapitalisations et nationalisations bancaires, les relances budgétaires, les plans industriels, ne remettaient pas en cause les dogmes libéraux défendus par la Commission européenne depuis le traité de Maastricht, et l’acte unique de Jacques Delors : concurrence, équilibre budgétaire, indépendance de la Banque centrale, libre-échange. Sarkozy faisait semblant d’être pragmatique ; Barroso faisait semblant de croire que cette révolte n’était pas une révolution. En contestant le plan français d’aide aux banques, Bruxelles a levé cette semaine le voile des faux-semblants. Derrière, on a pu voir la guerre des politiques contre les technocrates, de Bruxelles contre Paris, Berlin, Londres ; de Keynes contre Friedman. En opposition sur tout, stratégies et méthodes, Sarkozy et Merkel ont réussi à s’accorder pour jeter la Commission dans un cul-de- basse-fosse. « Les Etats membres n’ont besoin ni d’une approbation formelle ni d’une surveillance tatillonne », ont-ils écrit dans Le Figaro. C’est pourtant Sarkozy qui, en renégociant au pas de charge un traité de Lisbonne copié de la Constitution européenne, avait redonné force juridique et politique à des règles d’airain qui le corsètent aujourd’hui ; lui aussi qui contesta naguère le chiraquisme au nom des préceptes d’un libéralisme mondialisé aujourd’hui en crise. Mais c’est la Commission qui a construit l’Europe sur la sujétion des Etats à un marché en majesté ; et se trouve fort dépourvue alors que le roi marché est nu et que les populations apeurées appellent les Etats au secours.
Paris-Bruxelles, la fin des faux-semblants
Le Figaro Magazine - 6 décembre 2008
samedi 13 décembre 2008 | 16h00 | par Rémy

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